Un texte de Jo:
Il est intéressant de voir à quel point une parole peut être interprétée
puis replacée dans le contexte d'une autre mise en forme du langage, de
façon à détourner l'horizon du lecteur en faveur de la défense d'une
idéologie. L'interprétation du sens est bien liée à la lunette du lecteur.
Le texte, l'auteur, et le lecteur. Nous projetons si souvent dans le texte
(ou dans la discussion orale), avec note lunette de lecteur, ce qui est dans
notre regard. Nous pouvons aussi facilement, de par l’interprétation de la
pensée de l’auteur (hors du texte), sauter par dessus le sens d'un texte
pour entrer dans le regard de l'auteur et prétendre y voir ce qui s'y
trouve. Ce genre de psychanalyse littéraire est souvent hasardeuse. Il est
souvent intéressant de faire un effort pour coller au texte, nous arrêter à
ce que le texte construit de sens. La disposition de dialogue, au sens de
«Dia-Logos», c'est à dire littéralement de «Parole qui traverse», implique
l'attention à cette parole, à cette parole signifiante qui traverse.
Non seulement dans mon analogie évoquant les jeux d'enfants, en l'occurrence
un jeu axé sur l'obéissance des enfants dans la construction d'une toute
banale mais combien signifiante maison de blocs legos, je ne visais aucune
catégorisation du type « Le gouvernement » versus « les combattants
syndicalistes », ou une évocation de la «concertation» rose-bonbon d'un
consensus mou de l'auto-construction consensuelle d'un quelquonque bateau
social. Ce qui est intéressant, pour moi comme lecteur, est de voir comment
ces paroles ont pu être interprétées, ce qui m'invite à considérer le
langage que j'emploie. Or, il me semblait assez clair que j'évoquais avant
tout l'attitude de contestation et de désobéissance dans un contexte
d'autorité. Oui oui, un contexte d’autorité bien réel, tangible, visible,
clair, on place dans mon intention cette catégorisation, ce qui signifie
qu'on prend mes paroles pour en donner un sens proprement empreint d'une
vision particulière, qui détone de ce que le texte construit. On appelle
cela une extraction volontaire du discours, repris à des fins idéologiques,
dans un concordisme (c'est à dire l'art de faire concorder à ses vues et
prétentions le langage de l'autre. En tout respect pour Philôme qui a cru y
reconnaître une sorte d'interprétation socio-politique du lien entre la
lutte sociale et «le gouvernement». Je souhaitais présenter surtout
l'attitude de contestation et de protestation dans un contexte d'autorité.
Le prof qui dirige, les élèves qui obéissent aux instructions. Alors, est-ce
que c'est l'obéissance qui serait devenue l'utopie, la vie en rose ?
Serions-nous si empreint d'une structuration de la désobéissance civile, du
refus de l'exercice de l'autorité, que l'obéissance d'un enfant à un prof
apparaît comme une vision romanesque de la vie en communauté ? J'essaie de
comprendre. Mais je reviens sur un point. Alors que mon discours
construisais justement une certaine analogie de la relation d'obéissance en
contexte d'autorité, la Concertation qui est critiquée par Philôme (avec
raison à mon sens) et qui semble appliquée au mouvement syndical, ne
mériterait-elle pas justement un approfondissement du rapport à l'autorité
dans les institutions ? Ce qui comprend les groupes syndicaux, les
entreprises, les ministères étatiques. Il est facile de tomber dans ce
fameux piège de cette pseudo-lutte entre le syndicalisme combatif et «le
gouvernement». C'est perdre de vue que l'État de Droit et le mouvement
syndical, dans ces fondements et origines, mène une lutte commune pour la
justice sociale. Du moins, si nous parlions du combat envers les «méchants
exploiteurs capitalistes», je serais déjà plus à l'aise, du moins car il est
vrai que l'État de Droit et le syndicalisme, parce qu'ils sont ancrés dans
la défense des droits humains inaliénables, mènent une lutte à la fois
juridique et politique face aux forces destructrices de la civilisation (au
sens de dynamique d'instauration de droit civil).
J'espère que se lèveront des témoins audacieux, capables d'agir dans la
défense du Droit, principalement au service de ceux qui ont le plus besoin
d'assistance, de soutien ! Cela ne se fera pas sans l'ordre, sans la
cohérence des luttes pour la justice, cohérence qui implique l'arrêt des
viles divisions sociales entre groupes syndicaux et l'État. Or, il faudrait
peut-être se souvenir de nos racines. Je reconnais la légitimité de la
désobéissance civile, et j'accepterais d'être illégal en certaines
circonstances, car certaines lois actuelles du Québec sont à mon sens
illégitimes et immorales, or je défend tout de même l'État de Droit. Ce qui
implique le dialogue (et non pas une sorte de concertation qui peut être en
effet stagnante comme on l'a dit). Or un dialogue cohérent se réalise entre
des parties dans un contexte d'autorité réel. Et dans bien des cas
l'obéissance est de mise (sauf lorsque la conscience morale y est aliénée).
Alors, c'est simple : Que ceux qui veulent obéir à leurs chefs y obéissent.
Ya de quoi continuer à discuter les gars non ? Sans rancune, à bientot
j'espère.